MUSIQUE DES COMORES

      Aux Comores, comme sur tout le continent africain, les musiques ont toujours rythmé la vie des sociétés et peuvent difficilement être dissociées des danses qu’elles accompagnent. Elles témoignent de cette profonde diversité culturelle de l’aire swahilie, correspondant aux peuplements et influences qui se son succédés puis mélanges dans l’archipel. Les modes arabes et persans y racontent la polyrythmie bantou, les harmonies indiennes ou le balancement six-huit de Madagascar.

Les genres traditionnels les plus anciens de la musique comorienne puisent dans les traditions yéménites et iraniennes. Au cours du 19è siècle, d’autres styles se sont développes à partir de la main d’œuvre bantou importé du continent pour les travaux de plantations, d’abord en esclavage puis en travailleurs « engagés.

Toute ces musiques sont interprétées lors de cérémonies marquant les différentes étapes du développement de l’individu, mais certaines d’entre elles sont réservées exclusivement aux femmes comme le deba, le wadaha, le  bora ; D’autres  exclusivement aux hommes comme le mshogoro, le shigoma, le zifafa ou bien le sambé. Cette séparation entre les deux sexes est légèrement atténuée dans les musiques et danse d’héritage bantou ;  Par exemple les femmes et les futurs mariés venaient voir le sambé avec des lesso (sorte de châle) pour passer autour de leurs maris ou fiancés, pareil pour le mshogoro.

La chanson comorienne comporte plusieurs genres musicaux. De la vie à la mort, elle rythme la vie du comorien.

A sa naissance, il est accueilli par le himbiya ikosa sorte de berceuse destinée à aider la femme qui est entrain d’accoucher. Et à sa mort, il est salué par le idumbiyo, une chanson funèbre est très triste. De nombreuses musiques et danses, comme le sambé, le tari ou le mshogoro par exemple sont interprétées à l’occasion des grandes cérémonies coutumières. Une danse comme le ikwadu, autrefois interprétés par les esclaves est aux Comores ce que le maloya est à la réunion, avec sa charge revendicative, sa fonction de rassembleur du petit peuple et de constructeur de solidarités. Le bora qui accompagne la plupart de manifestation de joie, est dansé et chanté par les femmes sur un rythme soutenu. Une soliste lance des paroles poétiques et les chœurs lui répondent tout en tapant des mains, à la différence des autres chants de femmes qui sont déclamés et psalmodiés. Le bora, qui est interprété notamment à l’occasion du grand mariage, est également dansé pour fixé dans la mémoire un événement un évènement heureux qui s’est produit soit pour le village, soit pour la famille.

LES CHANSONS SATIRIQUES

Durant la colonisation, la satire sociale s’est développée comme l’un des genres musicaux les plus prisés des comoriens. Le biyaya, dansé par les jeunes hommes sur la place publique et par les jeunes filles seulement à l’intérieur des maisons, est accompagné de chant critiquant la société en place et les personnalités en vue. Avant 1960, les chansonniers populaires parcouraient toutes les régions pour faire passes les messages. Le gungu est chanson populaire destinée à critiquer les personnes coupables d’inceste ou qui ont été banni par la société à la suite d’acte déshonorant.

Ipvesi Bungala, chanteur emblématique qui fut déporté dans les années 1910, avait en 1890 essayé de comploter contre l’ancien sultan de l’île de Ngazidja ! ; Dénonce par un traître, le complot a avorté et de nombreux camarades d’Ipvesi ont été déportés soit à Madagascar, soit en Nouvelle Calédonie. Ipvesi, lui-même, a échappé à cette  vague de déportation. Mais quand en 1916 il participe à la guerre de résistance à la pénétration coloniale dans la région, Ipvesi est capturé puis déporté à Madagascar. Les chansons qu’il compose à son retour racontent les traitements inhumains des colons et les souffrances des déportées. Mais elles conservent plus que jamais l’esprit de lutte contre le régime colonial. Les mutations sociales et politiques des années 60 ont exercé une influence décisive sur la musique des Comores, qui choisissent le statut de territoire d’outre mer lors du referendum de 1958. Alors que l’année 1960 est marqué par les indépendances des pays africaines, l’avènement de la radio provoque une petite révolution musicale dans l’archipel. Les chansonniers n’ont plus à se déplacer dans les villages, puisque leurs chansons enregistrées, sont diffusées sur les ondes. Les indépendances africaines ont beaucoup influé sur les thèmes. Dans leurs chansons, les auteurs-compositeurs ont commencé à privilégier l’aspect politique.

L’ARRIVÉE DU « TWARAB »

La scène musicale comorienne connaît une profonde mutation dans les années 60, avec les retours massifs des comoriens immigrés en Tanzanie, et notamment à zanzibar, qui apportent avec eux le twarab (tariba veut dire être ému). A l’origine, il est chanté en arabe, puis en swahili, cette mélodie est bientôt adoptée dans tout l’archipel.

Il est intégrer dans les cérémonie du grand mariage et, poussés par les autorité, certains auteurs se mettent à écrire des chansons de twarab en comorien, on citera le grand Mohamed Hassan de Mitsamihouli ou tanchik de Moroni. De même que leurs cousin les orchestre de twarab de zanzibar, Dar es-salam ou Mombasa, qui sont organisé en clubs, les orchestres comoriens regroupent sur le mode associatif des musiciens amateurs jouant essentiellement pour le plaisir. Un ensemble complet  est constitué d’un  chœur masculin/féminin répondant aux solistes, d’un section de violons, violoncelles et contrebasse, à la  quelle s’ajoute le oud (luth arabe), le kanoun (cithare) le Ney (flûte) le tambourin et la derbouka (percussion en forme sablier) pour ce qui est des instruments orientaux, l’accordéon, l’orgue et la guitare électrique pour la partie occidentale de l’instrumentation.
Ce type de formation peut regrouper jusqu’à une cinquantaine de musiciens. Ils interprètent une musique fortement inspirée par les grands orchestres égyptiens Les rythmiques aux balancements hérités de l’Afrique de l’est lui donnent une saveur très particulière, entre douce nonchalance et piment d’extase.

Au cours des dernières décennies l’instrumentarium et les orchestrations ont subi l’influence de la modernité occidentale, avec notamment l’emploi d’instrument électrifiée et la réduction du nombre de musiciens. Les très grandes formations n’apparaissent en public qu’à l’occasion des mariages où le twarab est joué deux jours avant l’entrée solennelle du mari dans la maison nuptiale. Cette musique est rapidement devenue une sorte de divertissement réservé aux riches, car pour pouvoir en bénéficier, il faut investir des sommes faramineuses.
Les chansons sont souvent écrites sous forme d’éloges et les courtisans se sont servis du twarab pour louer à la fois les dirigeants et les descendants des anciens princes.
L’État s’entend à faire travailler l’orchestre phare à son service, de même qu’au temps des cours féodales. La chanson épique faisait l’éloge des princes et des sultans. Pendant le régime de Saïd Mohamed Cheick il y avait l’orchestre Sambeco au moment d’Ali Soilihi c’était les orchestres Joujou des Comores et Abou Chihabi et pendant Ahmed Abdallah c’était les orchestres Asmine Band et Asmumo.

Lors du voyage de François Mitterrand dans l’archipel, les autorités comoriennes ont demandé à l’orchestre Ngaya de composer une chanson en l’honneur du chef de l’État français.

LE FOLK COMORIEN

         Dans les années 80, les Comores assistent à la naissance d’un nouveau courant musical, qui s’inspire du folk occidental. Précurseur et leader de ce mouvement, Abou Chihabi adapte l’ancienne chanson de satire aux harmonies et à la vie contemporaine. Dans ses textes, il fustige l’injustice sociale et la discrimination raciale. Sa notoriété se forge dans les pays d’Afrique de l’Est(Tanzanie, Kenya, Ouganda….), Comme c’est le cas de la plus part des musiciens comoriens nés après 1950. En 1976, il accède au statut de star dans son pays, lorsque sa chanson est choisie au concours organisé par le président Ali Soilihi pour donner aux Comores son Hymne national(voir sa biographie).

          La voie tracée par Abou Chihabi sera suivi par d’autre jeunes chanteurs, comme pounja Abdallah Boul, dit Boule, lauréat du concours découverte RFI en 1983, Nawal, Maalesh, Soulaimana Mzé Cheick.

          Aux Comores, évolue dans un cadre purement artisanal car bien peu de chanteurs ont la chance de mener une carrière professionnelle. Les plus passionnés autoproduisent leurs enregistrements tout en gardant un travail alimentaire. Parmi ces rares artistes on peut citer Abou Chihabi, Chamsia Sagaf, Salim Ali Amir, Maalesh,…….

 

 

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Dernière modification : 26 novembre 2008